Dans l’épreuve spectaculaire de la monte du taureau présentée à la fin des rodéos, un cowboy que l’on nomme bull rider doit monter un taureau pendant huit secondes, tout en maintenant son équilibre sur l’animal qui, de manière instinctive, essaie de se débarrasser du cavalier en effectuant des sauts et des rotations imprévisibles. Pour assurer la sécurité, on peut compter sur les divertisseurs de taureaux, communément appelés bull fighters. En équipe de deux, leur travail débute dès l’ouverture de la chute de rodéo qui laisse sortir l’animal sauvage dans l’arène et devient des plus importants lors de la chute du cowboy. Ensemble, ils doivent détourner l’attention du taureau pour assurer la protection du cowboy. Pour se faire, les bull fighters doivent garder leur sang-froid et utiliser des mouvements agiles en esquivant les charges de l’animal avec un seul but en tête : permettre au cowboy de rester en sécurité. 

Le déclic grâce au freestyle 

Depuis 2008, David Ladouceur est l’un des bull fighter que l’on peut reconnaitre dans plusieurs rodéos du Québec et de l’est de l’Ontario. C’est lors d’un rodéo dans la ville de Valleyfield que David a découvert ce milieu, mais c’est lors d’une représentation télévisée d’un rodéo de St-Tite que sa passion pour le sport a réellement débuté : “Pendant l’intermission du rodéo, ils avaient présenté des bull fighters en freestyle. Du freestyle, c’est lorsqu’il n’y a personne sur le taureau, c’est seulement le bull fighter qui joue avec l’animal dans l’arène. En gros, c’est une compétition d’agilité où il faut esquiver les charges du taureau, et ça m’avait marqué de voir ça. Après, j’ai compris qu’ils étaient là aussi pour protéger et aider les bull riders pendant les rodéos. Avec ma nature altruiste, ça m’attirait beaucoup parce que, grâce à ces personnes-là, les cowboys pouvaient performer dans leur sport et éviter des blessures. C’est ce côté-là est venu me chercher en premier.” explique David.  

Le freestyle est une discipline très populaire aux États-Unis, mais malheureusement peu connue et peu pratiquée au Québec, surtout depuis la pandémie. Toutefois, quelques québécois y excellent, dont Dominic Roy, bull fighter emblématique au Québec. 

Bien plus qu’un sport physique 

Devenir bull fighter ne s’apprend pas sur les bancs d’écoles ni dans les pâturages d’une ferme familiale, il faut s’entourer de gens qui gravitent dans le domaine, avoir une soif d’apprendre et être prêt à mettre tous les efforts pour y arriver. “Mon premier contact avec ce monde-là s’est fait quand j’ai eu 18 ans. J’ai pris les cours à l’école de rodéo de St-Tite pour apprendre et découvrir le métier.” Par la suite, David a passé de nombreuses années à apprendre le sport directement sur le terrain en assistant à plusieurs cliniques : “Il y a certains endroits qui organisent des pratiques encadrées, les cliniques de bull fighting et de bull ridings sont souvent jumelées et tu peux apprendre le métier, mais ce n’est pas sur une base régulière. Il faut que tu prennes les opportunités qui s’offrent à toi. C’est très difficile et très ingrat d’entrer dans ce milieu, mais une fois que tu as montré les efforts que tu es prêt à mettre, c’est là que les portes vont s’ouvrir à toi” mentionne David, qui a été bull fighter au Festival Western de St-Tite pendant 5 années consécutives. 

“La dureté du mental – The mental toughness”

Lorsqu’on pense au physique de quelqu’un qui se retrouve face-à-face à des taureaux de plus d’une tonne, on s’imagine facilement quelqu’un de colosse. Toutefois, pour être un bon bull fighter, il faut d’abord être capable de garder la tête froide et carburer à l’adrénaline. “Je ne suis pas quelqu’un de tough qui déplace de l’air. Les gens restent souvent surpris lorsqu’ils savent que je fais ce travail. Le mental, c’est très important, et c’est quelque chose que tu développes : tu combats tes peurs, t’as besoin d’un bon mental sinon tu vas te faire démolir. Je dirais que c’est 80% mental et 20% physique. Tout le monde est capable de tourner en rond sur du sable, mais quand on ajoute un taureau, du danger et quelqu’un à protéger ; c’est différent. Le pire, c’est de revenir après une blessure. Ça prend une force mentale assez grande.” mentionne David. 

Utiliser son corps comme armure pour protéger ses collègues 

Même si les bull fighters font tout pour aider les cowboys à retourner derrière les chutes une fois leur performance terminée, les taureaux demeurent des animaux imprévisibles dont il faut se méfier. Parfois, les bull fighters n’ont malheureusement pas le choix : ils doivent prendre les coups à la place des cowboys : “Quand un cowboy tombe et que le taureau s’enligne tout de suite sur lui aussitôt qu’il touche au sol, il faut intervenir rapidement. L’idée, c’est de bloquer le champ visuel de l’animal pour qu’il voit les bull fighters à la place du cowboy, et qu’on devienne la proie de l’animal à la place du cowboy pour lui laisser le temps de se mettre en sécurité. Parfois, on n’a pas assez d’espace entre la tête du taureau et le cowboy pour passer entre les deux, on utilise donc notre corps pour que le taureau nous frappe à la place du cowboy.” explique David. 

Comme protection obligatoire contre un animal qui pèse près de 2 000 lbs : une veste de protection, tout simplement. “Le seul item qui est obligatoire, c’est la veste que j’aie sous mon costume. Mais avec les années, je pense de plus en plus à ma santé et aux blessures potentielles. Personnellement, j’ai des pantalons rembourrés, des souliers à crampons et j’ai investi dans des orthèses pour les genoux, c’est tout. Sinon, comme costume, j’ai des shorts ou des chemises de couleurs style clown avec un genre de jupe en jeans et des foulards.” mentionne David. 

L’allure de clown – bien plus qu’une histoire de look  

Anciennement, lors des rodéos, les bull fighters effectuaient aussi le travail de clowns, ils faisaient donc deux métiers en un : animer la foule et protéger les cowboys en même temps. Maintenant, ces deux rôles sont séparés, mais le look clownesque est resté au sein des costumes de quelques bull fighters. De là provient le style un peu flyé avec la jupe en jeans et les foulards de David. Toutefois, les raisons du port de ce costume ainsi que son utilité sont des plus intéressantes : “Les gens pensent souvent que c’est la couleur rouge qui intéresse les taureaux, mais en vérité, ils voient en noir et blanc. C’est vraiment les mouvements qui les attirent. Les foulards et la jupe ample qui bougent au vent agrandissent ma silhouette, donc je deviens automatiquement une plus grosse cible pour lui. Si l’un des foulards sur ma jupe touche à son nez, il ressent ça comme si quelque chose le frappait ou le touchait. Après s’être fait toucher, généralement il ralenti un peu donc ça me donne une chance de passer devant lui et l’esquiver pour détourner son attention du cowboy. Ça me donne une petite avance de plus, c’est ça l’utilité des foulards et de la jupe.” explique-t’il. 

Des animaux avec des personnalités, des performances et des habitudes précises 

Les taureaux sont des animaux assez perspicaces, surtout lorsqu’ils se trouvent dans l’arène : “Il faut comprendre qu’ils sont entrainés à performer, ce sont des athlètes génétiquement élevés dans ce but de performance. Ça n’a aucun lien avec la génétique des animaux à boeuf d’élevage, par exemple.” En effet, l’équipement sur l’animal fait en sorte que le taureau sait ce qu’il s’en vient : “Il y a un bull rope pour le cowboy, et une corde de coton qui passe dans les flancs de l’animal; on ne veut pas qu’il court dans l’arène, il faut qu’il buck, et c’est son signal qu’il est en mode travail. Il sait ce qui s’en vient et il sait ce qu’il doit faire. En général, les taureaux sont des animaux vraiment calmes, mais aussi remplis de testostérone et certains sont parfois irritables plus que d’autres. Ils ont aussi compris le principe du jeu, ils comprennent qu’ils doivent désarçonner les cowboys et qu’après, ils s’en vont en arrière et retourne à leur quiétude. Ils sont entrainés comme ça.” raconte David. 

Au Québec, il n’est pas rare de travailler avec les mêmes taureaux, d’apprendre à connaitre leur caractère et être capable de s’adapter à chacun. Par contre, les divertisseurs de taureaux doivent faire abstraction de leurs connaissances et travailler avec les animaux comme si c’était la première fois qu’ils faisaient leur connaissance : “Même si tu connais le taureau, tu ne sais pas comment il va réagir cette journée-là. Depuis les années, je suis capable de me rappeler des performances qu’ont eu les taureaux dans le passé. Ils ont souvent les mêmes patterns, ils font presque toujours la même chose : ils vont bucker similairement chaque fois. Un taureau X va sortir à gauche, parce qu’il est gaucher, et après il va faire deux sauts et tourner à droite, par exemple. C’est le genre de trucs dont je me souviens. Ce n’est pas une science exacte, mais chacun a sa manière de performer, et c’est souvent pareil.” Même en connaissant les habitudes distinctes des animaux, David se doit d’en faire abstraction afin de s’assurer de pouvoir réagir rapidement, et à tous moments.  

Les taureaux sont même parfois assez intelligents pour reconnaitre les cowboys et rendent le travail des bull fighters encore plus difficile. En effet, il n’est pas rare que l’animal se souvienne exactement qui charger dans l’arène : “Certains taureaux savent quel humain était sur leur dos et qui ne l’était pas, il cherche donc à attaquer précisément le cowboy. Ça arrive !” David doit donc attirer encore plus l’attention sur lui-même afin d’assurer la sécurité de ses collègues cowboys. 

Un travail d’équipe entre tous les athlètes dans l’arène 

Bien que les bull fighters soient présents pour la sécurité des cowboys, ces derniers ont aussi une grande part de travail à faire afin d’assurer, eux aussi, la sécurité de leurs collègues divertisseurs de taureaux : “Quand un cowboy tombe, il faut qu’il se relève et quitte le plus rapidement possible pour nous laisser faire notre travail.” C’est donc pourquoi les bull riders se relèvent rapidement après leurs quelques secondes sur la bête, pour la sécurité de tous, et pour laisser le champ libre aux bull fighters de faire leur travail de contrôler la bête : un beau travail d’équipe ! Mention honorable également au clown de rodéo ainsi qu’aux cavaliers de secours qui s’assurent aussi du bon déroulement de la discipline. 

En somme, être divertisseur de taureaux requiert un courage et une rapidité exceptionnels où les athlètes doivent gérer des situations de haut risque où chaque seconde et chaque décision comptent. La discipline de la monte du taureau ne dure peut-être que 8 secondes au maximum, mais les précieuses secondes suivant la chute du cowboy sont cruciales et remplies de subtilités, beaucoup plus que ce dont on aurait pu penser. 

Au Québec, plusieurs producteurs de rodéos offrent des spectacles à couper le souffle, dont Wildtime Productions, l’Équipe de Rodéo du Québec, Bucking Ranch Rodeo Co. ainsi que BlackCreek Rodeo Co. De son côté, David sera présent à plusieurs rodéos au Québec et en Ontario cette année, dont au Festival du Cheval de Princeville et au Rodéo d’Ayer’s Cliff en juin lors du début de saison de l’ERQ, en plus des Festivités Western de St-Victor, le Festival du Boeuf d’Inverness, le Rodéo Pont-Château, le Rodéo Ormstown ainsi qu’à plusieurs autres rodéos plus tard en saison estivale.

Suivez l’Agenda Country pour connaitre toutes les dates des rodéos présentés au Québec cette saison, et bons rodéos ! 

Article signé par : Vanessa Therrien